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Le choix du site

La ville de Beyrouth s’est développée en bord de mer entre deux collines : la colline d’Achrafieh à l’Est et la colline de Ras Beyrouth à l’Ouest. Au cours du 19ème siècle, la ville connaît une très forte croissance démographique, passant de 20 000 habitants en 1840 à 60 000 en 1860, puis à 120 000 habitants environ en 1895 à l’époque de la construction de la gare Mar Mikhaël. Un siècle après, en 1995, la région métropolitaine de Beyrouth compte 1 165 000 habitants dont 400 000 à l’intérieur des limites municipales.

Avant de comprendre le choix du site de la gare Mar Mikhaël par rapport à la ville de Beyrouth, il est important de bien saisir les problématiques liées à l’implantation de ce type d’équipement. « La gare entre dans la logique des équipements existants où elle assure deux fonctions contradictoires : c’est d’une part un équipement qui relève de l’activité industrielle, du commerce de gros et des activités de stockage et donc de la périphérie ; et elle devrait d’autre part, par sa taille, le transport des hommes, les nouvelles communications qu’elle induit, être en rapport direct avec le centre ville, qui est justement organisé en fonction des échanges entre acteurs économiques, administrations, banques et services » (1). La disponibilité et le coût du terrain sur lequel se développe les activités de la gare, grande consommatrice d’espace, ont été très probablement un facteur déterminant dans le choix du site.

La gare « s’inscrit en tant que porte afin d’établir une relation avec le centre ville. Elle vise directement ce que la ville désigne comme centre actif » (2). Le centre actif de Beyrouth s’organise à cette époque autour de la Place Hamidiyé (renommée plus tard Place des Canons puis Place des Martyrs). Cette place est le point de départ des trois routes qui sortent de la ville : la route de Damas, la route de Tripoli et la route de Saïda. Trois routes au bord desquelles la gare de Beyrouth peut s’implanter et par l’intermédiaire desquelles elle peut viser la Place Hamidiyé. Or, comme le chemin de fer devait pouvoir ultérieurement être prolongé jusque sur les quais du port, on peut supposer que c’est la raison pour laquelle le choix s’est porté sur la route de Tripoli, l’actuelle rue du Fleuve.

Pour atteindre la gare Mar Mikhaël, la ligne contourne la colline d’Achrafieh par l’Est, en longeant le fleuve Nahr Beyrouth. La voie ferrée franchit la route de Tripoli sur un pont métallique, « Jisr el-Hadid », qui est aujourd’hui encore un point de repère dans le quartier. La ligne atteint les quais du port en 1903 en longeant la côte sur les terrains gagnés sur la mer.

La gare Mar Mikhaël et la ville de Beyrouth

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  1. (1)LAMBERT Michèle, « Les problématiques du chemin de fer dans la ville, 1830-1855 », Revue d’Histoire des Chemins de Fer : Les chemins de fer dans la ville, n°5-6, automne 1991-printemps 1992.

  2. (2)Ibidem

Schéma d’implantation de la gare Mar Mikhaël en 1895 ci-dessus, et vers 1950 ci-dessous.

La gare est construite à l’extérieure de la ville, dans une zone non urbanisée, entre l’église Mar Mikhaël et la mosquée Khodr. Gagnée par l’urbanisation à l’époque du Mandat Français, la gare se retrouve aujourd’hui à l’intérieure des limites municipales de la ville, entourée de quartiers résidentiels denses.

La gare Mar Mikhaël dans son environnement urbain actuel

Image : Tatig Tendjoukian à partir des données de MAPS GEOSYSTEMS